LA PREMIERE FOIS QUE J’AI ETE DEUX

9782081432420
De Bertrand JULLIEN-NOGAREDE

Quatrième de couverture :
Nous sommes au début des années 2000, Karen Traban est en Terminale et vit seule avec une mère dépressive. Elle est brillante, musicienne et adore danser mais l’amour n’est jamais au rendez-vous, les garçons de son âge lui semblent sans intérêt. Quand un jeune anglais, Tom, arrive au milieu de l’année scolaire dans sa classe, Karen le prend immédiatement en grippe… Elle ne sait pas encore que ce jeune homme si différent des autres va changer sa vie. « La première fois que j’ai été deux » est un grand roman d’amour où les sentiments sont intimement liés au cours d’une Histoire qui vit l’Europe s’embraser avant de se reconstruire. Entre la Pologne de ses grands parents, l’Allemagne d’un jeune soldat tombé en 1944 et l’Angleterre de Tom, Karen va découvrir qu’un premier amour peut influencer une vie entière « La première fois que j’ai été deux » est un roman profond et intimiste qui peint le passage de l’adolescence à l’âge adulte. On assiste au dévoilement du destin de deux familles emportées par l’Histoire. Archibald Ploom nous propose un récit voyageur et une fresque historique que la naissance d’un amour vient ponctuer comme un message d’espoir.


«Cette promenade m’avait rendue somme toute assez mélancolique. Un sentiment qu’on ne risque pas d’éprouver devant les programmes des chaînes de télévision commerciales qui font tout pour nous éviter ça. Ne plus penser, ne plus ressentir, ne plus se retourner sur le passé. S’étourdir dans un présent sans consistance pour échapper à la réalité. J’étais bien loin de ce tout petit monde qu’on propose à des millions de pauvres gens qui finissent par croire que la vie est un aquarium dont ils n’auront pas le loisir de choisir les poissons rouges.»


L’écriture de l’auteur est plaisante, chaque phrase recèle de l’intelligence, des comparaisons ou analogies, rien n’est laissé au hasard. Tout est réfléchi, aucune phrase ne se perd au sein de l’ensemble car on en ressort l’esprit plein de nouveautés. Un univers qui peut de préambule paraître simple, mais qui une fois le nez plongé dedans révèle toute son ampleur. Il n’y a pas de petites phrases à la tournure légère, que l’on survole d’un œil distrait. Ici il faut prendre son temps afin de savourer chaque mot ! Quel plaisir de voir toutes les nuances possibles que la langue française nous offre.

Petite lecture jeunesse, je croyais me détendre après mes lectures sombres et dérangeantes. J’ai mal misé, puisque j’ai pleuré sur la fin du livre ! On est loin d’une légère histoire d’amour entre deux adolescents. Cette œuvre va bien plus loin que cela grâce à ses personnages hors du temps. Karen, jeune femme pragmatique à l’esprit droit et cartésien, ne croit pas aux coups de foudre, à l’amour dégoulinant de passion ou à l’avenir du genre masculin. Pour elle le déclin est déjà trop avancé, les garçons n’ont rien d’intéressant, rien à lui offrir mentalement. Ils ne sont plus que des coquilles vides plein d’un esprit de consommation excessive sur tous les points de leur vie. Toute sa vie s’est succédé sur cette base. Une famille monoparentale où les hommes ne seront que des déceptions à en faire sombrer immuablement sa mère dans une dépression chronique.


«Il existe une tradition totalement désuète mais encore respectée en Grabde-Bretagne. On appelle ça la galanterie …»


Mais si une personne comme Karen existe, sont double peut potentiellement subsister, quitte à venir d’un pays voisin … Il ne manquera plus que le petit coup de pouce de Ananké et le tour sera joué. Débute alors une tendre et délicate découverte de l’autre, la naissance d’émotions méconnues et impensées, cette passion pour une personne en chair plutôt qu’un objet en papier. Tout comme les lieux visités dans le roman, tout évolue pour Karen. Elle qui vit dans une petite banlieue qu’elle voit comme miteuse, ennuyeuse, sans charme, austère, à la limite « bouseux », elle va partir à la découverte de la magnifique ville qu’est Londres avec ses quartiers historiques, ses bars à thème, sa bonne ambiance et sa vitalité contagieuse. Ajouté au rythme des musiques que nous joue l’auteur, on brûle d’enthousiasme pour ces deux jeunes gens et cette lecture rafraîchissante.

La fin du roman m’a déplut sur le moment, puis une fois refermé le roman j’ai compris pourquoi l’auteur avait choisi cela. A chacun de faire ses propres choix sans se sentir piégé dans ses acquis. Les regrets ne font pas avancer notre sort, il faut savoir se donner toutes les options afin de pouvoir choisir ce qui nous convient le mieux. Avoir des certitudes est une chose quand on a 18 ans, mais à un âge aussi jeune il faut savoir prendre du recul pour ne pas s’enfermer.

Autre point, un drame survient sur la fin, et je regrettai de ne pas avoir mieux connu le personnage mit en lumière. Comparé à tous les autres, on ne voit pratiquement jamais celui-ci. On entend parler de lui, mais il n’apparaît qu’une seule fois dans le texte. Karen s’imagine souvent les paroles prononcées, comme si ce personnage était présent quand ce n’est évidemment pas le cas. Je pense dorénavant que l’auteur a fait exprès, que l’on puisse comme Karen ressentir ce manque, cette absence qu’occasionne ce drame. L’impression de ne pas l’avoir assez connu, pas assez profité de sa présence. Une jolie mise en situation !


«En définitive, le trop plein de liberté peut devenir un vrai problème pour des esprits peu habitués à tenir solidement le gouvernail de leur existence.»


★★★★

2 réflexions sur “LA PREMIERE FOIS QUE J’AI ETE DEUX

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