DES SOURIS ET DES HOMMES

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De John STEINBECK

Quatrième de couverture :
Lennie serra les doigts, se cramponna aux cheveux.
– Lâche-moi, cria-t-elle. Mais lâche-moi donc. Lennie était affolé. Son visage se contractait. Elle se mit à hurler et, de l’autre main, il lui couvrit la bouche et le nez. – Non, j’vous en prie, supplia-t-il. Oh, j’vous en prie, ne faites pas ça. George se fâcherait. Elle se débattait vigoureusement sous ses mains… – Oh, je vous en prie, ne faites pas ça, supplia-t-il. George va dire que j’ai encore fait quelque chose de mal.
Il m’laissera pas soigner les lapins.


«Y a pas besoin d’avoir de la cervelle pour être un brave type. Des fois, il me semble que c’est même le contraire. Prend un type qu’est vraiment malin, c’est bien rare qu’il soit un bon gars.»


L’écriture est très belle, on ne s’arrête pas nécessairement sur les pensées des personnages mais sur leurs dialogues. Ainsi on s’imprègne complètement de leur personnalité, du caractère propre à chacun. Le patois, la façon de s’exprimer, tout est fait pour bien cerner chaque entité. Le rythme du texte est rapide car nous allons directement à l’essentiel, on ne s’épanche pas sur les considérations d’un des personnages ou tel autre. Il est étonnant d’ailleurs de voir avec quelle facilité on se sent lié aux deux comparses de cette aventure vu le peu de choses que l’on sait d’eux. Finalement il leur suffit d’être eux-mêmes pour nous charmer. La simplicité est la plus belle des robes !

Un duo étonnant entre Lennie, ce grand bourru à la force herculéenne mais gentil comme un agneau, et George, un petit homme vif et petit qui passe son temps à aider ou sauver Lennie des bévues qu’il crée. Un roman où l’un ne veut que le bien de l’autre, chacun à sa façon. Le premier essaye de ne pas s’attirer de problème, d’écouter ce qu’on lui dit de faire, et de bien le faire car il voudrait vraiment ne pas créer de grabuge malgré sa volonté. Le second protège son ami car seul il sait que Lennie ne pourrait survivre, subvenir à ses besoin vitaux. Et puis ce grand bêta n’est d’aucune méchanceté, il n’est intellectuellement qu’un enfant, il ne pense jamais à mal. Tout ce qu’il veut, c’est s’occuper des lapins. Comment ne pas s’attacher à quelqu’un d’aussi innocent ? C’est bien le problème de George car même s’il ne cesse de répéter que tout serait bien plus simple s’il n’avait de grand idiot dans les pattes, il ne peut abandonner son ami.

Le roman se lit d’une traite, on ne peut détacher nos mains des pages. On y voit comment Lennie, sans le vouloir, par peur et détresse crée des catastrophes. Jusqu’à l’impardonnable. Il ne contrôle pas sa force, il n’a pas conscience de la fragilité des êtres vivants par rapport à lui. Avec lui, on suit la montée du problème en voyant le danger approcher tandis qu’il s’y jette à cœur ouvert sans l’imaginer. Tout le roman nous pose les bases qui nous permettent de comprendre ce qu’il va advenir. Pourtant on espère nous tromper, que cela n’arrivera pas, que Lennie pourra se « contrôler ». Et c’est juste terrible car en tant que lecteur nous avons déjà donc cette première angoisse, mais à cela vous ajoutez également sa détresse face à la conclusion du problème. En voulant enrayer le problème, il le cause en définitive. Et nous avons mal pour lui, nous entendons ses cris de détresse quand il dit « – Non, j’vous en prie, supplia-t-il. Oh, j’vous en prie, ne faites pas ça. George se fâcherait. Oh, je vous en prie, ne faites pas ça, supplia-t-il. George va dire que j’ai encore fait quelque chose de mal. Il m’laissera pas soigner les lapins. » car on sait qu’il est vraiment perdu si jamais George le quitte puisqu’il l’aime, de cet amour fraternel et immuable qui est si rare. Nous savons également que son seul bonheur avec celui d’être auprès de George, c’est d’imaginer la ferme qu’ils auront plus tard et au sein de laquelle il pourra s’occuper des lapins. Lennie a conscience que s’il crée une sale affaire, cela exclue son rêve, cela le détruit.

Je n’ai pas pleuré durant cette lecture, mais uniquement parce que je n’étais pas chez moi et des gens pouvaient me voir. Mais autant vous prévenir si jamais vous vous lancez dans ce chef d’oeuvre, une boîte de mouchoirs sera votre alliée pour conjurer le flot d’émotion qui va vous submerger. Un grand coup de cœur pour ce livre que je garde précieusement près de moi comme une pépite de sentiments à l’état pur.

★★★★★

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