LE RETOUR DU GANG


Edward ABBEY

Editions Gallmeister, Totem – 2017
CONTEMPORAIN

Quatrième de couverture :

Le monstre est en marche : le super-excavateur géant GOLIATH, le plus terrifiant engin jamais construit par l’homme, menace les déserts de l’Ouest.

C’est compter sans le farouche Hayduke et ses amis, bien décidés à enrayer la course du titan. Le Gang de la Clef à Molette est de retour ! S’engage alors un combat désespéré contre la “Machine” industrielle. Les usines explosent, les bulldozers s’évanouissent dans la nature… Contre l’asservissement des esprits, tous les coups sont permis !


– Y a fichtrement rien à tirer des gens, dit Seldom. Individuellement, ça va. En famille, encore, à la rigueur. Mais dès que tu les regroupes, dès que tu les mets en troupeau, dès que tu els organises, que tu leur donnes à bouffer, que tu les tatoues, et que tu les fais sortir de l’enclos, c’est les bêtes les plus méchantes, les plus laides, les plus voraces, les plus stupides et les plus dangereuses de tout le fichu système solaire que je connaisse.


Le retour du gang, c’est plutôt la tentative du leader de réformer le groupe pour arrêter la machine infernale dénommée GOLIATH. Véritable machine de guerre, de destruction, monstre d’acier à la voracité implacable et à jamais inassouvie. Son repas se compose de la nature, la liberté, tout ce qui vit à l’état sauvage. Rien de moins, afin de créer une belle route bien lisse, toute proprette pour que l’industrie puisse progresser, augmenter le profit, construire, CONSTRUIRE, toujours plus, rien n’est jamais assez.

Il n’en fallait pas moins pour récolter Hayduke, esprit libre et fervent défenseur des plaines américaines (tout en continuant à jeter ses canettes par-dessus l’épaule), terroriste parfois. Les meilleurs moments du livre sont par ailleurs ceux-là, où Heyduke déguisé en vieille femme de ménage noire jette un saut rempli d’urine sur une magnifique table de maître, dans un salon cossu, blindé de riches et ambitieux hommes/femmes d’affaires, avant de s’enfuir en ayant prit soin de kidnapper et saucissonné le PDG dans l’ascenseur. Son sabotage d’une usine est également une belle aventure désopilante.

Enlevez cela et j’ai trouvé l’histoire assez ennuyeuse … Beaucoup de balades, de discussions, de pensées intimes qui nous montrent l’évolution des personnages depuis le premier roman, mais qui ne m’ont pas apporté grand chose pour cette lecture. Il permet néanmoins de mettre un point final au gang, une ultime guérilla face à l’industrialisation, le progrès, Mgr Love.

Et c’est quoi, cette autre chose? Cette autre qualité? Je dirais que c’est la vitalité spirituelle. L’élan vital. Une grande âme. L’âme, ça n’existe pas, nous disaient nos vieux profs de médecine. Montrez-moi un esprit, disait toujours le Dr. Zeitkopf, et je vous montrerai une hypophyse. Le cerveau sécrète l’âme, comme le foie sécrète la bile. Alors on ouvrait tous ces corps, les vivants, les morts, les humains, les chiens, les singes, les rats, et qu’est-ce qu’on trouvait? Des glandes. Des nerfs. Des organes. Des tissus. Des calculs. Des tumeurs. Des nécroses. Des cœurs bouchés des foies bileux, des muscles atrophiés, des polypes intestinaux, des cerveaux grouillant de tubercules blancs comme la mort. Ah ah ! disait Dr. Tête-de-Temps, fous fuyez ! Y a personne d’autre là-dedans que noziques !

Malgré tout, gros point fort du roman, l’écriture d’Abbey. Quel talent pour faire d’une banale phrase, une envolée littéraire splendide. Avec un esprit avisé et sarcastique voir caustique, il met à mal la société, ajouté de la sagesse et de l’esprit à un roman qui se veut un peu brute de décoffrage à l’instar de ses personnages. Les dialogues sont fameux, ce fut un réel plaisir de parcourir cette plume aiguisée.

Deux corps, à l’intérieur, sur le lit et sous les couvertures, se débattent à la recherche d’une union fertile. Tous deux souffrent, comme on dit de nos jours, d’un excès pondéral rendant difficile, mais non impossible, la stabilisation d’une interface de connexion charnelle opératoire.

★★★★★

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