
Patrick DEWITT
Editions Actes Sud, Babel – 2018
AVENTURE/WESTERN
Quatrième de couverture :
Oregon, 1851. Eli et Charlie Sisters, redoutable tandem de tueurs professionnels aux tempéraments radicalement opposés mais d’égale (et sinistre) réputation, chevauchent vers Sacramento, Californie, dans le but de mettre fin, sur ordre du « Commodore », leur employeur, aux jours d’un chercheur d’or du nom de Hermann Kermit Warin. Tandis que Charlie galope sans états d’âme, mais non sans eau-de-vie, vers le crime, Eli ne cesse de s’interroger sur les inconvénients de la fraternité et sur la pertinence de la funeste activité à laquelle lui et Charlie s’adonnent au fil de rencontres aussi insolites que belliqueuses avec toutes sortes d’individus patibulaires et de visionnaires qui hantent l’Amérique de la Ruée vers l’or. Dans ce roman jubilatoire où l’humour noir le dispute à une subtile excentricité, Patrick deWitt rend un hommage décalé aux classiques du western tout en invitant le lecteur à en explorer les ténèbres, sous l’inoubliable houlette de deux frères moins liés par le sang et la violence que par l’indéfectible amour qu’en silence ils se portent.
L’histoire de deux cerbères à la botte du Commodore, partis à la chasse à l’homme à travers les USA, sur les traces laissées par la ruée vers l’or. Des traînées sales et malsaines, où l’abandon, la désillusion mais aussi la résignation se déploient. Tout au long de leur périple, les deux frères vont rencontrer de nouvelles têtes, jeunes ou vieilles, hommes ou femmes, animales ou végétales, avec leur lot personnel de soucis. Cela donne une sensation étrange au roman, un peu comme si une suite incongrue de petites nouvelles formait un tout désopilant et rocambolesque. On ne s’ennuie pas à chevaucher aux côtés des deux bandits, aucun temps mort n’est permis.
Le narrateur n’est autre que le plus jeune des frères, Eli, attendrissant de gentillesse (et de simplicité) malgré l’accablant métier qui est le sien. Au fil du voyage, des déconvenues ou espoirs croisés, il se rend bien compte du plat de sa situation. Il n’est vu que comme « le gros », celui qui sera toujours le second, le bon dernier, celui qui suit les ordres car trop bienheureux pour réfléchir vraiment. Sauf qu’il n’est pas stupide le bon Eli, il voit bien le monde qui l’entoure, et nous suivons ses pensées vers un avenir qu’il voudrait différent, loin du désespoir de ces gens qui ont tout perdu en direction de la Californie. Il aspire a de la beauté, de la sécurité, de l’amour.
Tandis que pour Charlie, l’aîné, enchaîner les contrats et amasser de l’or pour pouvoir se pochtronner tout son saoul est sa seule raison d’exister. Avec la notoriété bien entendue, même si sans son cadet « les frères sisters » prennent du plomb dans l’aile. De quoi tenter le diable dans toutes les situations, abuser de tout au moment le moins opportun, briser les interdits et causer des dégâts qui iront bien loin de sa seule personne. Immature et irréfléchi, Charlie va détruire un avenir radieux en quelques minutes, entraînant finalement une succession d’échecs, telle une malédiction sur les deux frères. Pourtant malgré le caractère funeste que cela engendre, l’auteur réussi à distiller ça avec panache, rendant comique les pires situations et attachant ces deux gros idiots mal léchés.
★★★★★