Ron RASH
Editions Points – 2015
CONTEMPORAIN
Quatrième de couverture :
Laurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère — revenu de la Première Guerre mondiale amputé d’une main —, dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d’un vallon encaissé que les habitants de la ville considèrent comme maudit : rien n’y pousse et les malheurs s’y accumulent. Marquée par ce lieu, et par une tache de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu’une sorcière. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre au bord de la rivière un mystérieux inconnu, muet, qui joue divinement d’une flûte en argent. L’action va inexorablement glisser de l’émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l’ignorance et à la peur d’une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre.
Une terre sombre et désolée, un endroit où le soleil n’arrive à percer l’obscurité de ses rayons. Un vallon sur le flanc opposé de la montagne où se trouve la ville et ses activités. Une famille qui s’exclue en cherchant la tranquillité, venant s’installer dans un coin discret pour s’y épanouir.
La terre ne donne pas, la forêt est malade, la ferme s’abîme. Le père ne peut plus travailler, ensuite c’est la mère qui est emportée. Plus que tout, le vrai problème réside dans les croyances de cette ville de paysans. La jeune fille de la famille, Laurel, a une tâche de vin sur le visage, symbole de la sorcellerie, une marque apposée pour montrer sa différence. Vivant sur le flanc noir de la montagne, cela donne foi aux brimades et harcèlements des camarades qui deviendront des adultes encore plus obscènes.
Un joli brin de fille qui sera toute seule une fois son frère parti à la guerre, emprisonnée sur cette colline et dans cette ferme, avec personne à qui parler si ce n’est son reflet dans le miroir qui lui crit son isolement. Un jour elle entend un son, une douce mélodie qui semble bien incongrue de ce côté mort du paysage. S’y trouve un jeune homme en loques qui viendra partager leur vie et leur travail à la ferme, apporter un peu de douceur et de bonheur dans l’existence de Laurel.
Dans cette atmosphère étouffante et moite d’obscurité, sur fond de seconde guerre mondiale où « le boche » est traqué puis éliminé sans sommation, ce petit souffle de douceur est un bienfait inestimable pour Laurel. Si le roman est très lent, il met bien en scène le monde paysan et leur culture, leurs croyances qui traversent le temps et les époques sans s’améliorer. La fin dépote tout ça, et vaut de s’accrocher au manque d’action du récit.
Ce roman a eu le Grand Prix de littérature policière 2014. Ah ? Vous m’en voyez épatée car il ne s’agit absolument pas pour moi d’un policier. J’accorde qu’il a un côté noir, mais c’est vraiment sur le fond et tellement bien caché qu’il ne saute pas aux yeux. Mais grâce à ce superbe bandeau je me suis attendu tout du long à avoir un retournement, un cadavre, quelque chose! Pour en fait un néant absolu … Bon.
★★★★★

Une réflexion sur “UNE TERRE D’OMBRE”