Adeline DIEUDONNE
Editions L’Iconoclaste – 2018
CONTEMPORAINE
Quatrième de couverture :
C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est un chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.
Des rêves brisés, cassés nets dans la fleur de l’âge. L’innocence, l’espoir d’une vie épanouissante et joyeuse, soufflée en un instant. Démolie, écrasée, ruinée.
Au départ cela semble idéal, une petite famille avec ses deux enfants à l’amour et à la complicité sans égale, vivant dans un pavillon tranquille. Finalement le lotissement est misérable, pourri par le manque de travail et l’ivrognerie de certains habitants. De plus, la famille parfaite recèle un père violent qui ne trouve son plaisir que dans la chasse et la terreur qu’il insuffle à sa proie en la traquant avant de lui prendre la vie. En témoigne la pièce des cadavres, un ramassis de tous les trophées accumulés par ce père. La mère, dépourvue d’un souffle de raison propre, subit la colère injustifiée du mari en perdant au passage quelques zones du cerveau.
Dans ce contexte déjà difficile, s’ajoute un accident. Un pas de chance, un imprévu qui vient souffler la tendre innocence des deux frères et sœurs. Tandis qu’elle va tenter d’aller de l’avant, lui va sombrer toujours plus loin dans le drame, incité par cette ambiance macabre planant sur leur maison.
Le roman fait se poser des questions très intéressantes. Comment grandir, comment se préparer au monde, comment se construire entre l’enfance et l’âge adulte dans une famille, un contexte pareil? La peur, la terreur, l’angoisse est ce qui régit cette prétendue famille. Être parent ne signifie pas en être capable. Il est terrible de sentir cette boule au ventre, l’épouvante qui nous cingle lorsqu’on appréhende la sanction. Quand on sait que nous allons être frappé, giflé, avec zéro recours pour y échapper. La fuite est impossible, la traque inutile, la proie est offerte sur un plateau.
Ce livre est très fort, puissant dans sa narration. Il ne laisse pas de tout repos le lecteur, ce qui peut se cacher derrière les fenêtres de nos voisins. La survie, purement, face à un chasseur qui agrandit son terrain et le choix de ses victimes. Mais aussi l’espoir, cette petite lumière qui ne s’éteint pas et qui pousse à vouloir s’en sortir, réussir, vivre, être heureux. Le désir, la passion, la réussite peut exister, qu’importe le milieu d’où l’on vient tant que l’on croit en ce que l’on veut.
★★★★★
