LES REVEURS

9782246813842-001-T
De Isabelle CARRE

Quatrième de couverture :
Quand l’enfance a pour décor les années 70, tout semble possible. Mais pour cette famille de rêveurs un peu déglinguée, formidablement touchante, le chemin de la liberté est périlleux. Isabelle Carré dit les couleurs acidulées de l’époque, la découverte du monde compliqué des adultes, leurs douloureuses métamorphoses, la force et la fragilité d’une jeune fille que le théâtre va révéler à elle-même. Une rare grâce d’écriture.


«Mais l’enfant qui n’a pas possédé ce trésor ne le récupérera jamais. Il restera toujours démuni, lésé, comme tous ceux qui ont grandi sans tendresse, et se sont rassurés seuls dans leur chambre, les genoux repliés dans des bras gelés.
Se raconter des histoires, se frotter la joue avec un mouchoir, chanter à voix basse …
Aucun adulte ne la félicite jamais pour ces efforts, ils passent inaperçus. On prend vite l’habitude de ne compter que sur soi-même.»


On suit plusieurs générations de femmes, de la même lignée. On découvre comment du’une mère à sa fille le manque d’amour empêche de « se trouver », d’avoir confiance en soi, ou tout simplement l’envie de vivre pour toucher voir accéder au bonheur.

Au départ on est dans une famille bourgeoise où les conventions, la bonne image que l’on doit dégager, met une barrière évidente entre les personnes. Il y a le prestige des ancêtres, l’aristocratie, la gloire passée qui prend le pas sur l’affection que l’on peu porter à la nouvelle génération. La grand-mère de l’auteure est une femme singulière qui ne transmet pas de sentiment ou de tendresse, parfois même fait peur à ses enfants. Sa fille toujours seule dans cette vie derrière les hauts remparts de sa noblesse, est mise également à l’écart par ses frères qui ne jouent pas avec elle. Il en résulte une exclusion totale et brutale qui se mue en honte lorsqu’elle leur apprend être enceinte illégitimement. Ne pouvant supporter le déshonneur qu’elle jette sur leur nom, elle est reniée et se retrouve encore plus seule, sans compagnon, avec un enfant à venir. Ce passage traumatisant dans la vie d’une jeune femme va laisser une névrose qui apparaîtra comme un voile gris sur sa vie. Il l’empêchera d’être heureuse, poursuivie par des fantômes qui la hantent.

N’ayant connu que cette vie-là, ne sachant pas comment aimer, ou transmettre de l’amour, elle va répéter ce schéma avec ses propres enfants. Isabelle Carré montre le désintérêt, l’absence de ses parents dans sa vie d’enfant. Il n’y a pas de malheur, mais pas de tendresse non plus. Ses parents ne la rejette pas, ne cherchent pas à l’exclure de leur vie, mais parfois elle est juste « de trop » (scène terrible de la défenestration …). De cela, elle ne saura pas où est sa place, s’imposer, ou simplement exister l’avenir.

Voilà pourquoi l’auteure, seule à l’adolescence, au travers du septième art trouve sa volonté de vivre. Elle veut rencontrer des gens, discuter, être à leur contact. Vivre une multitude de métiers, d’aventures,d’histoires. Après le cinéma, l’écriture. Elle veut exister, montrer que sa petite voix a des idées, une identité. Ce qui d’ailleurs je crois est l’essence même du roman, Qui sommes-nous?

En bref, un roman sur la découverte de soi, comment s’apprécier quand on a le sentiment de n’avoir jamais été aimé. La recherche de la tendresse pour dire au revoir à cette solitude qui enferme du monde, de la vie. Une belle lecture poétique, qui associe des moments de vie avec des réflexions sur la façon d’en tirer profit ou en tout cas du positif pour avancer vers l’avenir. Plein de sensibilité, de délicatesse, on parcourt les rêves et les souvenirs d’Isabelle Carré, dans l’attente de la voir réaliser dans le futur ceux qui lui sont chers.

★★★★

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