
De Edward ABBEY
Quatrième de couverture :
Révoltés de voir le somptueux désert de l’Ouest défiguré par les grandes firmes industrielles, quatre insoumis décident d’entrer en lutte contre la » Machine « .
Un vétéran du Vietnam accroc à la bière et aux armes à feu, un chirurgien incendiaire entre deux âges, sa superbe maîtresse et un mormon, nostalgique et polygame commencent à détruire ponts, routes et voies ferrées qui balafrent le désert. Armés de simples clefs à molettes -et de dynamite- nos héros écologistes vont devoir affronter les représentants de l’ordre et de la morale lancés à leur poursuite.
Commence alors une longue traque dans le désert.
Dénonciation cinglante du monde industriel moderne, hommage appuyé à la nature sauvage et hymne à la désobéissance civile, ce livre subversif à la verve tragi-comique sans égale est le grand roman épique de l’Ouest américain.
«Si tu ne bois pas, ne conduis pas. Si tu bois, conduis comme un fou. Pourquoi? Parce que le bien le plus précieux est la liberté, pas la sécurité. Parce que la voie publique doit être ouverte à tous : enfants à tricycle, petites vieilles en Plymouth Eisenhower et lesbiennes meurtrières au volant de leurs semi-remorques Mack de trente-huit tonnes. Abstenons-nous de tout favoritisme. Libérons-nous des permis. Abolissons ce foutu code de la route. Qu’enfin les voies publiques le soient vraiment.»
L’écriture de ce roman est fluide, précise. Très précise. Il s’égare souvent en s’emportant sur un thème, par exemple sur les grosses machines utilisées pour construire des routes. Il va lâcher un tel flot d’information que l’on ne peut qu’admirer son immense connaissance même si on a un peu l’impression de lire un manuel d’achat pour bulldozers. Pareil en ce qui concerne la topographie des lieux, on a vraiment une immersion totale dans l’environnement, on pourrait jurer y avoir mis les pieds. Si ces descriptions sont aussi longues, il y a forcément un moment pour moi où je décroche un instant. On perd le récit principal au profit de la mise en situation du contexte. Néanmoins la passion de l’auteur pour ce qu’il raconte est telle que l’on replonge vite dans sa folie car on dirait un cliché des hommes fantasmant sur les machines !
Revenons sur la géographie sublime des USA, un voyage de dingue à travers différents Etats. Aux côtés du gang de la clef à molette on traverse des paysages incroyables, prend le large aux abords des fleuves et de la hauteur sur les ponts des canyons. Un sacré bout de route avec une brochette de psychopathes aux idées délurées. Quatre compagnons de fortunes paumés que la vie aura mâchonné puis recraché sur le bas-côté comme une vieille canette de bière vide.
Excellente histoire qui allie une volonté écologique à une mauvaise foi cinglante. Ils veulent sauver la planète, manger sain et Bio mais roulent à travers tous les Etats-Unis en gros 4×4 avaleur d’essence au cœur des déserts et jettent au vent leur détritus. En sabotant les machines industrielles ils font couler l’huile sur la terre vierge, jettent des bulldozers de plusieurs dizaines de tonnes et de milliers de dollars dans un lac, grande réserve d’eau pleine de poissons. Ou encore font exploser un train/pont qui viendra s’écraser en pleine nature. Plus le roman avance, plus l’ampleur de leurs dégradations s’accentue.
Sans leur jeter la pierre, c’est plus de la naïveté que de la méchanceté. Ils veulent bien faire sans savoir s’y prendre. Bon l’auteur insiste bien sur le fait que c’est une joyeuse bande de couillon, mais restons encore gentil cinq minutes voulez-vous? Ils ont une idée, un projet, mais pas de fondation solide. C’est l’instinct qui parle, la nature sauvage qui prend le dessus, sa place première. Ce qui est mine de rien la directive principale de ce roman, le retour à la liberté de la nature profonde !
Un roman qui proteste contre l’urbanisation massive, la déforestation, l’assassinat de villes ou troupeaux sauvage pour assouvir les envies de multinationales aux gros billets verts. Ce que beaucoup de monde pense, mais qui dans ce livre prend vie. Le roman délivre un beau message de préservation qui démontre la nécessite d’agir mais aussi comment le faire. Ou plutôt ne PAS faire. Il faut de la méthode, de la réflexion, pas simplement se jeter corps et âme dans une cause. Aussi juste soit-elle, toute action est préjudiciable.
Il est haletant, prenant, attachant, vivant, plein de valeurs morales à la langue crue, drôle, acérée, pleine de bon sens ou de rêveries touchantes de faux espoirs. Une ode à la nature, à ce qu’elle a de plus beau à nous offrir; la liberté, l’espace infini.
★★★★★