
De Miguel De CERVANTES
Quatrième de couverture :
Là-dessus ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent, et, dès que don Quichotte les vit, il dit à son écuyer : « La fortune conduit nos affaires mieux que nous n’eussions su désirer, car voilà, ami Sancho Pança, où se découvrent trente ou quelque peu plus de démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous.
– Quels géants ? dit Sancho.
– Ceux que tu vois là, répondit son maître, aux longs bras, et d’aucuns les ont quelquefois de deux lieues.
– Regardez, monsieur, répondit Sancho, que ceux qui paraissent là ne sont pas des géants, mais des moulins à vent et ce qui semble des bras sont les ailes, lesquelles, tournées par le vent, font mouvoir la pierre du moulin.
– Il paraît bien, répondit don Quichotte, que tu n’es pas fort versé en ce qui est des aventures : ce sont des géants, et, si tu as peur, ôte-toi de là et te mets en oraison, tandis que je vais entrer avec eux en une furieuse et inégale bataille. »
Et, disant cela, il donna des éperons à son cheval Rossinante.
« Mais quand bien même la beauté serait égale de part et d’autre, il ne s’ensuit pas pour cela que les inclinations doivent l’être aussi, car toutes les beautés ne se donnent pas de l’amour; il y en a qui plaisent seulement aux yeux, sans influencer le cœur. Et, si toutes les beautés forçaient les cœurs à se rendre, le monde serait une confusion étrange de désirs, qui passeraient sans cesse d’un objet à un autre, sans savoir auquel s’arrêter; attendu que, les beaux sujets étant en nombre infini, les désirs le seraient également. »
Don Quichotte. Célèbre oeuvre comptant parmi les classiques, je n’en avais pourtant jamais entendu parler avant de diffuser dans l’un des cinémas où je travaille le film très controversé « L’homme qui tua Don Quichotte« . Croyant aux coïncidences troublantes que la vie nous offre, j’ai abandonné ma lecture des trois mousquetaires pour me plonger dans Don Quichotte puisqu’au bout de quelques pages j’avais déjà eu plus de deux références au classique sus-nommé. Me voilà ainsi partie sur les grands chemins en compagnie du chevalier errant, le chevalier à la Triste Mine accompagné de Sancho son écuyer et de Rossinante sa fidèle monture au calme à toute épreuve.
L’auteur mari habillement deux styles d’écritures. Nous en avons une très moderne avec des aventures ou anecdotes très drôles. Les descriptions sont précises sans trop en faire, ce qui pourtant à l’époque était de coutume. Lorsqu’il doit exprimer un moment d’intimité fort déplaisant pour l’un des personnages, l’auteur sait manier la langue avec malice pour suggérer sans nommer, pour énoncer sans prononcer les mots exacts. Ce qui rend l’événement encore plus drôle puisque cela donne un effet sarcastique, comme si l’auteur avait son opinion faite et plutôt négative sur nos deux malheureux. A l’inverse quand il s’agit de faire parler Don Quichotte, les propos deviennent guindés, chevaleresques, plein de belles tournures fines et délicates dont on sent qu’elles datent d’une époque aujourd’hui révolue.
En ce qui concerne l’aventure à proprement parlé, (c’est quand même le noyau du roman) c’est hyper fun. On suit Don Quichotte et son équipe à travers un bout de l’Espagne en quête de torts à redresser, de viles créatures à pourfendre, de jeunes princesses en détresse. Chevalier errant, un métier disparu depuis bien longtemps de l’existence humaine sur terre mais qui perdure dans les esprits grâce aux pages des romans. Lectures qui peuvent attaquer les esprits des plus vulnérables. Le gentil naïf et crédule qu’est notre chevalier à la Triste Mine qui prend pour réalité ces fictions, m’a fait pensé à un épisode de Kaamelott où deux des aventuriers racontent une de leur épopée au scribe ; « Ah mais ça doit être vrai tout ce qu’on raconte?« . Pure imagination qui devient tangible pour notre Don Quichotte. A l’aventure compagnon !
Et le pauvre va prendre cher. Des peignées magistrales, des humiliations cuisantes, des passages à tabac qui le laisseront presque mort, ainsi que Sancho. Car si encore il ne s’agissait que lui, on peut se dire que sa folie finirai par lui inculquer quelque raison, mais non. Son pauvre valet prend parfois encore plus de soufflantes que le maître. Ainsi après diverses déculottées, Sancho tante vainement de lui faire entendre raison au vu des dernières disgrâces mais rien n’y fait, le fou reste cloîtré dans son utopie fictive. Cervantès oscille parfaitement entre ce que voit Don Quichotte et ce qui est concrètement en train de se passer. Deux visions diamétralement opposées alors qu’il s’agit d’un même événement. On découvre là la force d’un esprit dans son déni de la vérité, dans son désir de voir vivre une passion qui ne peut en réalité exister. Je pense que c’est ce qui fait que l’on s’attache tant à Don Quichotte. Il n’est que pure bonté, désir de faire le bien et le bonheur, ne pense jamais à mal. Un esprit rare dans un monde trop noir pour lui.
Ensuite pendant l’histoire elle-même on découvre une flopée de personnages perdus, blessés, abandonnés qui croisent la route de nos amis. Petites histoires qui finissent par s’entremêler et trouver une fin heureuse. Comme quoi le chevalier errant par ses maladresses n’est pas si inutile, il sert de catalyseur !
De tout ceci, je dis bravo, j’applaudis des deux mains car j’ai adoré ma lecture. Oui, MAIS. Car malheureusement le roman ne s’arrête pas sur cette bonne note, l’auteur a voulu rajouter quelques feuillets supplémentaires. Par quelques j’entends plutôt dire l’équivalent de cent cinquante pages de vide intersidéral. Insupportable de lire un roman à l’intérieur du roman qui n’apporte rien à notre aventure, écouter des gens inconnus au bataillon raconter leur vie puis disparaître en disant au revoir sans que cela apporte un brin de folie ou d’intérêt au roman. Du bla bla inutile et vraiment pénible sur la fin. Dommage, grosse mauvaise note pour clôturer la lecture …
★★★★★