De Philippe GRIMBERT
Quatrième de couverture : Souvent les enfants s’inventent une famille, une autre origine, d’autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s’est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu’il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne le vérifieront pas…Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c’est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu’il lui incombe de reconstituer. une histoire tragique qui le ramène aux temps de l’Holocauste, et des millions de disparus sur qui s’est abattue une chape de silence.
« Surtout n’oubliez pas les petits.»
C’est emmitouflé dans un plaid imprimé écossais que j’ai débuté cette lecture. Sur la durée il m’a rappelé La petite de M. LINH de Philippe CLAUDEL, autrement dit un petit récit rapide qui ne prend pas de détour pour déverser ce qu’il veut nous dévoiler. Attention lecteur si vous poursuivez votre curiosité à la suite de ces mots car je vais spoiler un max. Je n’en ai pas le choix pour approfondir mon opinion alors continuez en ayant conscience de vos travers, en toute connaissance de gâcher l’effet voulu par l’auteur pour ceux qui ne l’ont pas encore lu.
Au fil des pages je me suis laissé séduire par le récit de ce personnage frêle, à la santé et au moral fragile. Cette faiblesse du corps qui jure étonnamment avec celle de ses deux parents qui sont des habitués de l’effort physique. Lui, enfant malade qui ne partage aucun point commun évident avec eux à part ce mutisme, cet enfermement, le recroquevillement sur sois. Plus nous avançons, plus il apparaît que ce petit garçon renvoi une image de dépit et de déception à son père. Peu d’attention, peu d’actions échangés entre ces membres d’une même famille, il y a un poids qui plane sournoisement au-dessus de leurs têtes.
En réalité leur histoire familiale est tellement puissante, forte de terreurs, d’amours détruits, perdus, de honte, d’envie, mais surtout de tragédies. Ces terribles épreuves qu’ont subis les juifs durant la seconde guerre, ces gens l’ont vécus sans la moindre possibilité d’échappatoire. Cela commence avec le chien en peluche, un meilleur ami que l’auteur associe à son grand frère imaginaire. Celui derrière qui il se cache, apprend, rêve de ressembler. Un grand frère qui répond aux souhaits des parents, aux attentes physiques et sociales. Alors qu’il vénère littéralement ce personnage, il fini par apprendre sa réelle existence. Une vie brève mais heureuse, auprès d’une mère que notre conteur ne connaîtra jamais. Un grand frère fort, athlétique, plein de vie qui fini par disparaître un soir au détour d’un train partant vers l’Est. Seule affaire restant de lui, sa peluche avec laquelle s’amusait le jeune garçon frêle. Cet enfant fragile comprend alors que derrière le rejet affectif de ses parents, s’agit en réalité d’un mur de regrets composé de souvenirs gris.
Pour essayer d’en faire le deuil, tourner la page, les parents se sont réinventés un passé plus heureux. Ils ont occultés les moments douloureux afin de se protéger mais également d’épargner le jeune garçon innocent arrivé après toutes ces catastrophes. Alors que ce dernier était le symbole d’une nouvelle vie, il fini par n’être que le miroir du poids de leur culpabilité et incidemment ils ont fini par l’écraser sous leurs silences et secrets. Ainsi l’auteur nous explique qu’il a fini par associer sa fragilité physique, sa solitude, à ces secrets. Une fois le voile levé, il s’en est trouvé transformé, grandi. Plus fort de ces connaissances quant à ses origines.
Comme quoi savoir d’où l’on vient permet de se construire pour l’avenir, savoir qui nous sommes, poser des bases solides pour l’adulte en devenir.
Ce livre est un hommage à une famille déchirée, à un petit garçon qui du haut d’une dizaine d’année à su réparer le cœur des adultes en leur faisant voir la beauté derrière la culpabilité; de la douleur est capable de naître le bonheur. Avec ses mots, Philippe GRIMBERT offre une sépulture à son grand frère parti trop tôt. A chaque lecteur qui reposera son livre, c’est un souvenir de cet enfant qui prendra vie.
Plein de délicatesse, d’émotions, mais également de tensions, de peur, et de terreur, ce récit m’a rendue fiévreuse. Ce sentiment qui vient vous chercher au fond du ventre et remonte jusqu’à votre gorge pour la nouer. L’impuissance face à l’horreur de la guerre, mais aussi de l’injustice qui n’épargne aucune âme. Traitant plusieurs thèmes et sujets avec légèreté ou passion, cette autobiographie est un subtil rappel à l’humanité qui nous habite et invite à se plonger dans les origines de nos familles, ces êtres oubliés depuis bien des siècles voir de seulement quelques années. Sublime ivresse de nostalgie et d’hommage.
★★★★★